Méthodologie

Comment sont calculés les chiffres affichés sur ce site, quelles en sont les limites, et pourquoi certaines métriques sont structurellement imparfaites.

Sources de données

Toutes les données sont issues de sources officielles, publiques et librement réutilisables :

  • Open Data Assemblée nationale - data.assemblee-nationale.fr (Licence Ouverte v2.0). Scrutins nominatifs, amendements, questions écrites de la 17e législature.
  • CIVIX - civix.fr. Liste des députés, groupes politiques, circonscriptions.

Seuls les députés actifs sont inclus — c'est-à-dire ceux qui appartiennent à un groupe parlementaire au moment du calcul. Les élus ayant quitté le mandat (démission, nomination au gouvernement, décès) et remplacés par leur suppléant sont exclus.

Les données sont recalculées hebdomadairement.

Participation aux votes

participation = votes exprimés (en personne ou par procuration) ÷ scrutins disponibles pendant le mandat

Pour chaque mois où un député est actif, on compte le nombre total de scrutins nominaux qui ont eu lieu ce mois-là à l'Assemblée. La somme de ces scrutins constitue le dénominateur individuel du député - c'est-à-dire uniquement les votes qui se sont tenus pendant sa présence effective au mandat.

Un député participe à un scrutin s'il a voté pour, contre ou abstenu — que le vote ait été exprimé en personne ou par procuration (voir ci-dessous). S'il est enregistré absent (liste nonVotants) ou simplement absent des données, il ne participe pas.

Pourquoi ce calcul ?

Cette méthode élimine deux biais. D'abord, elle est juste pour les députés arrivés en cours de mandat (remplacement, nomination ministérielle) : seuls les scrutins de leur période sont comptés. Ensuite, elle neutralise les variations saisonnières : une session budgétaire intense génère plus de scrutins, mais le dénominateur augmente proportionnellement, laissant le taux stable.

Votes par procuration

La Constitution (article 27) permet à un député absent de déléguer son vote à un collègue. Les données ouvertes de l'AN enregistrent ces votes au nom du député délégant, avec un marqueur explicite « par délégation ». Un vote par procuration est un vote valide, exprimé au nom du député : il compte donc comme une participation dans notre taux. La part des votes exprimés par procuration est affichée sur chaque fiche député, et les votes récents concernés portent un badge « par procuration ».

part par procuration = votes par procuration ÷ votes exprimés

Le classement « Votes par procuration » ordonne les députés selon cette part. Tous les taux de participation du site comptent les votes par procuration comme des participations à part entière — un vote délégué est un vote valide, qui reflète la position du député.

Les députés des territoires d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, etc.) recourent plus fréquemment à ce mécanisme — la distance géographique rend physiquement impossible leur présence à Paris pour de nombreuses séances. Leur taux de participation peut donc être élevé alors même que leur présence physique à l'hémicycle est limitée : la part de procurations affichée sur leur fiche permet de le voir.

Limite persistante

Les données AN ne recensent pas systématiquement les absences non déclarées. Un député qui ne se présente pas à un vote sans l'avoir signalé n'apparaît pas dans les données de ce scrutin - il n'est donc pas comptabilisé comme absent pour ce vote. Le taux reflète la participation aux scrutins connus, pas l'assiduité physique absolue.

Amendements déposés

activité = nombre d'amendements déposés à titre principal (type auteur = Député)

Seuls les amendements dont le député est l'auteur principal sont comptés. Les co-signatures ne sont pas incluses.

Biais structurel majeur

Le dépôt d'amendements est une pratique inégalement répartie selon la position politique. L'opposition dépose structurellement plus d'amendements que la majorité, car c'est l'un de ses principaux outils parlementaires (allongement des débats, signalement de positions, pression politique). La majorité, elle, négocie souvent en amont en commission et retire ses amendements en échange d'engagements du gouvernement.

Un volume élevé d'amendements n'est donc pas nécessairement le signe d'un travail législatif plus sérieux - et un volume faible ne signifie pas l'inverse. Ce chiffre doit être lu comme un indicateur d'activité brute, pas comme une mesure de qualité ou d'efficacité.

Questions écrites

questions = nombre de questions écrites déposées au Journal officiel

Les questions écrites sont adressées directement aux ministres et publiées au Journal officiel. Elles sont comptées sans distinction de thème ni de réponse obtenue. Contrairement aux amendements, elles ne sont pas un outil d'obstruction : leur volume reflète davantage l'investissement d'un député sur des dossiers de terrain ou thématiques précis, même si certains groupes y recourent plus que d'autres.

Taux d'abstention

abstention = abstentions ÷ participations (pour + contre + abstention)

Le taux mesure la fréquence à laquelle un député choisit de s'abstenir parmi les votes auxquels il a participé. S'abstenir est une position politique légitime et reconnue, pas une forme d'absentéisme. Certains députés ou groupes utilisent l'abstention comme signal délibéré d'indépendance ou de désaccord partiel.

Les députés sans aucune participation enregistrée sont exclus de ce classement (taux indéfini, pas zéro).

Normalisation par durée de mandat

mois actifs = nombre de mois calendaires avec au moins un scrutin enregistré

Sur les fiches individuelles, les métriques d'activité (amendements, questions) sont également exprimées en taux mensuel pour permettre une comparaison équitable entre des députés dont les mandats ont commencé à des dates différentes (élection partielle, remplacement, etc.).

Le nombre de mois actifs est inféré à partir des scrutins : un mois est compté dès qu'un député y apparaît dans au moins un vote.

Comparaison des groupes

Le classement « Quel groupe travaille vraiment ? » agrège les données individuelles de chaque membre au niveau du groupe. Deux précautions le rendent lisible.

Ramener au député

amendements / député = amendements déposés par le groupe ÷ nombre de membres

Un gros groupe produit mécaniquement plus d'amendements et de questions qu'un petit. Pour comparer l'implication et non la taille, les métriques d'activité sont ramenées au nombre de députés du groupe - les totaux bruts restent affichés en dessous, à titre de contexte. La participation, elle, est déjà une moyenne : elle ne dépend pas de la taille.

Pas de score unique

Aucune colonne n'est fusionnée en un « score de travail » global. Une telle note masquerait des pondérations arbitraires - que vaut une question face à un amendement ? Chaque métrique est présentée séparément, avec son biais assumé, et le lecteur juge.

Pourquoi pas le taux d'adoption

On pourrait rapporter les amendements adoptés aux amendements déposés. Nous ne l'utilisons pas comme mesure de travail : ce taux reflète surtout l'alignement avec la majorité. Un amendement de la majorité est adopté facilement ; celui de l'opposition est rejeté par principe, quelle que soit sa qualité. Un tel taux classerait les groupes par position politique, pas par effort - il n'a donc pas sa place dans un classement du travail.

Classements et rangs

Les rangs utilisent la méthode de classement avec ex æquo standard (1-2-2-4) : en cas d'égalité, tous les députés à égalité reçoivent le même rang, et le rang suivant tient compte du nombre de députés à égalité.

Exemple : si 3 députés sont à égalité au rang 5, le suivant est classé 8e (pas 6e).

Ce que ce site ne mesure pas

  • Le travail en commission - auditions, rédaction de rapports, négociations de textes. Une grande partie du travail parlementaire réel est invisible dans les données de scrutins nominatifs.
  • Les interventions en séance - temps de parole, qualité des débats.
  • Le travail de circonscription - permanences, rencontres avec les administrés, travail associatif local.
  • La présence physique réelle des élus ultramarins - les députés des territoires d'outre-mer utilisent fréquemment la délégation de vote (voir plus haut), ce qui tend à maintenir leur taux de participation, mais ne reflète pas leur présence physique à l'hémicycle.
  • La présence physique réelle à l'Assemblée - l'Assemblée nationale ne publie pas les feuilles d'émargement ni les horaires de présence dans l'hémicycle. Un député peut être physiquement présent toute la journée sans apparaître dans les données si aucun vote nominatif n'a lieu ce jour-là. Cette donnée fondamentale n'existe tout simplement pas dans l'Open Data français.

Certaines de ces données (interventions en séance, travaux en commission) existent dans l'Open Data AN sous forme de comptes rendus textuels, mais leur traitement automatisé est significativement plus complexe. Elles pourront être intégrées dans une version future.

D'autres démocraties font bien mieux : le Parlement britannique, le Congrès américain ou le Bundestag publient des données d'assiduité autrement plus granulaires - présences par séance, par commission, par vote. La France laisse à des initiatives citoyennes le soin de reconstituer ce que l'institution devrait rendre public d'emblée. Les élus exercent un mandat au service du peuple - la transparence sur l'exercice de ce mandat devrait être la norme, pas l'exception.

Labels éditoriaux

Certains titres de classements sont délibérément éditoriaux ("Les grands absents", "Qui interpelle le gouvernement ?"). Ces formulations sont des choix rédactionnels assumés, distincts des données chiffrées elles-mêmes, qui sont factuelles et vérifiables.

En cas de désaccord sur un calcul ou une présentation, contactez-nous.